Tribunal judiciaire de Paris, 15 janvier 2015 15/12345
Tribunal judiciaire de Paris, 15 janvier 2015 15/12345

Type de juridiction : Tribunal judiciaire

Juridiction : Tribunal judiciaire de Paris

Résumé

Les auteurs de la traduction française ont mis en demeure François OZON et les sociétés coproductrices du film « Dans la maison » en raison de similitudes avec leur ouvrage « Le garçon du dernier rang ». Ils soutiennent que cette situation constitue une contrefaçon. Cependant, la pièce originale, publiée en Espagne en 2006, a été adaptée par OZON, ce qui soulève des questions sur les droits d’auteur. L’action en contrefaçon est jugée irrecevable, car tous les auteurs de l’œuvre audiovisuelle n’ont pas été mis en cause, et les traducteurs n’ont pas démontré l’originalité de leur travail.

Traduction et adaptation d’une œuvre

Invoquant la découverte de très nombreuses similitudes entre les dialogues du film « Dans la maison » et de leur ouvrage « Le garçon du dernier rang » constitutives d’une contrefaçon des répliques de leur traduction française, les auteurs ont mis en demeure François OZON en sa qualité de réalisateur ainsi que les sociétés coproductrices du film, de leur communiquer le scénario dialogué de l’œuvre cinématographique objet du litige.

En réalité, le livre en cause était la traduction d’une pièce de théâtre publiée en ESPAGNE en 2006 et que cette œuvre de l’esprit au sens de l’article L 111-1 du code de la propriété intellectuelle a été adaptée par François OZON pour réaliser l’œuvre audiovisuelle « Dans la maison ».

Détermination des auteurs

En application de l’article L 113-7 du code de la propriété intellectuelle, ont la qualité d’auteur d’une œuvre audiovisuelle la ou les personnes physiques qui réalisent la création intellectuelle de cette œuvre et sont présumés, sauf preuve contraire, coauteurs d’une œuvre audiovisuelle réalisée en collaboration : 1° L’auteur du scénario ; 2° L’auteur de l’adaptation ; 3° L’auteur du texte parlé ; 4° L’auteur des compositions musicales avec ou sans paroles spécialement réalisées pour l’œuvre ; 5° Le réalisateur. Lorsque l’œuvre audiovisuelle est tirée d’une œuvre ou d’un scénario préexistants encore protégés, les auteurs de l’œuvre originaire sont assimilés aux auteurs de l’œuvre nouvelle.

Ainsi, par l’effet d’une fiction légale, l’auteur de la pièce espagnole est auteur de l’œuvre audiovisuelle « Dans la maison », peu important l’existence d’une cession des droits d’adaptation. Or, l’action engagée par les auteurs de la traduction française, en réparation des atteintes à leurs droits moral mais également patrimoniaux est de nature à affecter les droits patrimoniaux de l’auteur initial qui n’a pas été attrait dans la cause.

Action en contrefaçon irrecevable

Aussi, leur action, dirigée contre Monsieur François OZON en sa qualité d’auteur et deux sociétés productrices, est irrecevable faute de mise en cause de tous les auteurs de l’œuvre audiovisuelle dite contrefaisante.

En outre, à supposer qu’une telle action soit recevable, les auteurs de la traduction se dispensent de définir les caractéristiques originales de leur traduction en se retranchant derrière l’existence d’une présomption d’originalité attachée au genre de leur création et l’évocation générale des conditions d’accession à l’originalité d’une traduction reconnues dans des décisions de justice antérieures.

Or, si une traduction peut effectivement constituer une œuvre de l’esprit protégeable au sens de l’article L 111-1 du code de la propriété intellectuelle, encore faut-il qu’elle soit originale, l’article L 112-3 du code de la propriété intellectuelle précisant les modalités de cohabitation des droits de l’auteur d’une traduction et de l’auteur de l’œuvre originale sans pour autant conférer systématiquement et hors tout débat contradictoire à une traduction le statut d’œuvre originale.

Et, si la protection d’une œuvre de l’esprit est acquise à son auteur sans formalité et du seul fait de la création d’une forme originale en ce sens qu’elle porte l’empreinte de la personnalité de son auteur et n’est pas la banale reprise d’un fonds commun non appropriable, il appartient à celui qui se prévaut d’un droit d’auteur dont l’existence est contestée de définir et d’expliciter les contours de l’originalité qu’il allègue.

En effet, seul l’auteur, dont le juge ne peut suppléer la carence, est en mesure d’identifier les éléments traduisant sa personnalité et qui justifient son monopole et le principe de la contradiction posé par l’article 16 du code de procédure civile commande que le défendeur puisse connaître précisément les caractéristiques qui fondent l’atteinte qui lui est imputée et apporter la preuve qui lui incombe de l’absence d’originalité

Questions / Réponses juridiques

Quelles sont les similitudes entre le film « Dans la maison » et l’ouvrage « Le garçon du dernier rang » ?

Les auteurs de l’ouvrage « Le garçon du dernier rang » ont constaté de nombreuses similitudes entre les dialogues de leur livre et ceux du film « Dans la maison ».

Ces similitudes sont considérées comme une contrefaçon des répliques de leur traduction française. En conséquence, ils ont mis en demeure François OZON, le réalisateur, ainsi que les sociétés coproductrices du film, de leur fournir le scénario dialogué de l’œuvre cinématographique en question.

Cette démarche vise à établir la nature exacte des ressemblances et à protéger leurs droits d’auteur.

Qui sont les auteurs d’une œuvre audiovisuelle selon le code de la propriété intellectuelle ?

Selon l’article L 113-7 du code de la propriété intellectuelle, les auteurs d’une œuvre audiovisuelle sont les personnes physiques qui réalisent la création intellectuelle de cette œuvre.

Cela inclut plusieurs catégories d’auteurs : l’auteur du scénario, l’auteur de l’adaptation, l’auteur du texte parlé, l’auteur des compositions musicales, et le réalisateur.

De plus, lorsque l’œuvre audiovisuelle est dérivée d’une œuvre préexistante encore protégée, les auteurs de l’œuvre originale sont également considérés comme coauteurs de la nouvelle œuvre.

Pourquoi l’action en contrefaçon des auteurs de la traduction est-elle irrecevable ?

L’action en contrefaçon engagée par les auteurs de la traduction française contre François OZON et les sociétés productrices est jugée irrecevable.

Cette irrecevabilité est due à l’absence de mise en cause de tous les auteurs de l’œuvre audiovisuelle, ce qui est une condition nécessaire pour qu’une telle action soit recevable.

De plus, même si l’action était recevable, les auteurs de la traduction n’ont pas défini les caractéristiques originales de leur travail, se contentant de faire référence à une présomption d’originalité.

Quelles sont les conditions pour qu’une traduction soit considérée comme une œuvre originale ?

Pour qu’une traduction soit protégée en tant qu’œuvre de l’esprit, elle doit être originale.

L’article L 112-3 du code de la propriété intellectuelle précise que les droits de l’auteur d’une traduction cohabitent avec ceux de l’auteur de l’œuvre originale, mais cela ne confère pas automatiquement à une traduction le statut d’œuvre originale.

Il est essentiel que la traduction porte l’empreinte de la personnalité de son auteur et ne soit pas simplement une reprise banale d’un fonds commun.

Quel est le rôle de l’auteur dans la définition de l’originalité de son œuvre ?

L’auteur est le seul capable d’identifier les éléments qui traduisent sa personnalité et qui justifient son droit d’auteur.

Le juge ne peut pas suppléer à cette carence, et il est donc déterminant que l’auteur définisse et explicite les contours de l’originalité qu’il revendique.

Le principe de la contradiction, établi par l’article 16 du code de procédure civile, exige également que le défendeur soit informé des caractéristiques précises qui fondent l’atteinte qui lui est reprochée.

Cela permet au défendeur de prouver l’absence d’originalité, si tel est le cas.

 


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