Type de juridiction : Tribunal judiciaire
Juridiction : Tribunal judiciaire de Paris
→ RésuméL’association Front National a été déboutée de sa demande contre France Télévisions suite à la diffusion d’un reportage sur France 2, intitulé « présidentielle : la tentation de l’extrême droite ». Réalisé par Fabien Chadeau, le reportage a utilisé des caméras cachées pour révéler les pratiques internes du FN et de l’UMP. L’ARCOM a précisé que l’utilisation de tels procédés doit être justifiée par l’intérêt public. Le tribunal a jugé que les méthodes employées ne constituaient pas une faute civile, permettant ainsi à France Télévisions de poursuivre sa mission d’information sans entrave.
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Action contre France Télévisions L’association Front National a été déboutée de sa demande de condamnation contre France Télévisions. Le Front National avait poursuivi France Télévisions en raison de la diffusion, sur l’antenne de France 2 de l’émission« complément d’enquête » intitulée: « présidentielle : la tentation de l’extrême droite ». Le reportage en cause résultait d’un travail d’enquête d’un journaliste s’étant inscrit à l’UMP et au Front National, et ayant tourné en caméra cachée « pour avoir cette parole vraie, sans faux-semblant, sans a priori ». Le reportage montrait la façon dont le journaliste, Fabien Chadeau, s’inscrivait comme militant dans chacun de ces deux partis politiques, la façon dont il est accueilli dans les deux cas. Figuraient également des scènes montrant des conversations que le journaliste a pu avoir avec des militants de ces deux partis, observation étant faite que les personnes physiques filmées à leur insu ont le visage flouté et la voix modifiée. Plus spécialement, s’agissant du Front National, le journaliste remarquait que ce parti prend soin de former ses militants et, à l’appui de cette observation, sont montrées, une séance d’accueil de jeunes inscrits reçus par Marine Le Pen, séance officiellement filmée par des journalistes de la chaîne France 2, et un atelier de formation « Comment réussir une campagne électorale », filmée en caméra cachée, le journaliste commentant dans les termes suivants cette séance de formation : « un cadre du parti va pendant 1 heure nous donner les ficelles du métier en insistant tout particulièrement sur la communication ». Le cadre du parti FN tenait les propos suivants : « en réalité, on est quasiment, voilà, en campagne permanente. Donc il faut maîtriser à la fois les techniques de campagne et les calendriers de campagne, il se passe un événement économique et social dans la circonscription ou même dans le département, un… comment dire…, un événement d’insécurité, un problème de mosquée, voilà, n’importe quel sujet exploitable pour nous, aussitôt communiquez. Alors bon, il ne s’agit pas d’envoyer cinq fois par jour des communicants journalistes, ils vont finir par être exaspérés de cet activisme soudain. ». Ensuite, était représentée une conversation entre le journaliste et une personne qualifiée de « responsable local » où l’on pouvait entendre le dialogue suivant : « Les militants, il faut bien être honnête, les militants pour coller des affiches, ils n’ont pas besoin évidemment d’avoir un haut niveau intellectuel, mais il y en a d’autres, ceux qui sont candidats, ce n’était pas non plus tous des grands intellectuels, et je ne leur demande pas ça, mais au moins qu’ils ne fassent pas de bêtises, quoi, ce sont des gens dévoués, bon mais il ne faut pas les laisser seuls dans la nature. ; Du coup c’est vous qui les formez ? ; Oui c’est moi. Vous pouvez pas dire “il y a trop d’immigrés en France” déjà c’est limite, il faut dire autrement, il faut dire “nous sommes opposés à l’immigration clandestine d’abord et même régulière, car la France n’a pas les moyens ou n’a plus les moyens de les entretenir”, voilà ce qu’il faut dire, il faut faire très attention. ; Est-ce que ça veut dire la même chose dans le fond ? ; Oui ça veut dire la même chose, mais il y a une façon de le dire, il faut être très prudent». Le FN considérait que le montage de l’émission était en lui-même un élément de la faute civile et de l’infraction d’escroquerie. Légalité des caméras cachées Sur la critique du procédé utilisé consistant, pour le journaliste, à se présenter sous un faux nom, dissimuler sa qualité de journaliste et enregistrer des images et des propos à l’insu des personnes concernées, l’ARCOM a posé le principe selon lequel : « Le recours au procédé permettant de recueillir des images et des sons à l’insu des personnes filmées ou enregistrées doit être limité aux nécessités de l’information du public. Il doit être restreint aux cas où il permet d’obtenir des informations difficiles à recueillir autrement Le recours à ces procédés doit être porté à la connaissance du public. Les personnes et les lieux ne doivent pas pouvoir être identifiés, sauf exception ou si le consentement des personnes a été recueilli préalablement à la diffusion de l’émission». La charte d’éthique professionnelle des journalistes éditée par le syndicat national des journalistes, prévoit également « qu’un journaliste digne de ce nom : i) Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’image, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles. ii) Proscrit tout moyen déloyal et vénal pour obtenir une information. Dans le cas où sa sécurité, celle de ses sources ou la gravité des faits l’oblige à taire sa qualité de journaliste, il prévient sa hiérarchie et il en donne dès que possible explication au public. » Toutefois, en l’espèce, les circonstances particulières y compris l’objet même du reportage portant sur la réalité de l’état d’esprit des militants au-delà du discours officiel de sa nouvelle présidente et au-delà de ce qu’il est convenu d’appeler dans le monde politique, les éléments de langage, ne permettent pas de considérer que les procédés utilisés, dans cette occurrence, dégénèrent en faute civile au sens de l’article 1382 du Code civil dont l’association Front National peut utilement se plaindre devant les tribunaux. Le Front National a été débouté de l’ensemble de ses demandes.
Mots clés : Camera cachée Thème : Camera cachée A propos de cette jurisprudence : juridiction : Tribunal judiciaire de Paris | Date. : 11 septembre 2013 | Pays : France |
→ Questions / Réponses juridiques
Quelle était la raison de la plainte du Front National contre France Télévisions ?Le Front National a intenté une action en justice contre France Télévisions en raison de la diffusion d’un reportage sur France 2, intitulé « présidentielle : la tentation de l’extrême droite ». Ce reportage, réalisé par le journaliste Fabien Chadeau, a été tourné en caméra cachée et a impliqué une enquête sur les pratiques internes du Front National et de l’UMP. Le Front National a estimé que le montage de l’émission constituait une faute civile et une infraction d’escroquerie, arguant que le procédé utilisé par le journaliste était déloyal et trompeur. Comment le journaliste a-t-il réalisé son enquête sur le Front National ?Le journaliste Fabien Chadeau a mené son enquête en s’inscrivant comme militant à la fois à l’UMP et au Front National. Il a utilisé la caméra cachée pour recueillir des informations sur la manière dont il était accueilli dans ces deux partis politiques. Le reportage a montré des conversations avec des militants, ainsi que des séances de formation, où des responsables du Front National expliquaient comment mener une campagne électorale efficace. Quelles étaient les observations faites par le journaliste sur le Front National ?Le journaliste a noté que le Front National prenait soin de former ses militants, illustré par une séance d’accueil de jeunes inscrits dirigée par Marine Le Pen. Il a également filmé un atelier de formation sur les techniques de campagne, où un cadre du parti a expliqué l’importance de maîtriser les techniques de communication et de réagir rapidement à l’actualité. Le journaliste a souligné que le parti était en campagne permanente et que les militants devaient être préparés à exploiter des sujets d’actualité pour leur communication. Quelles étaient les critiques formulées par le Front National concernant le reportage ?Le Front National a critiqué le montage de l’émission, le considérant comme un élément de faute civile et d’infraction d’escroquerie. Ils ont également remis en question la légitimité du procédé utilisé par le journaliste, qui s’était présenté sous un faux nom et avait enregistré des images à l’insu des personnes concernées. Le Front National a soutenu que ces méthodes étaient déloyales et nuisaient à leur image. Quelle est la position de l’ARCOM sur l’utilisation de caméras cachées par les journalistes ?l’ARCOM a établi que l’utilisation de caméras cachées doit être limitée aux nécessités de l’information du public. Il a précisé que ces procédés doivent être restreints aux cas où il est difficile d’obtenir des informations autrement. De plus, l’ARCOM a souligné que les personnes filmées ne doivent pas être identifiables, sauf si leur consentement a été obtenu au préalable. Quelles sont les normes éthiques que les journalistes doivent respecter selon la charte professionnelle ?La charte d’éthique professionnelle des journalistes stipule que ceux-ci doivent respecter des principes tels que l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité et l’impartialité. Elle proscrit également l’utilisation de moyens déloyaux pour obtenir des informations. En cas de nécessité de dissimuler leur qualité de journaliste pour des raisons de sécurité, ils doivent en informer leur hiérarchie et expliquer la situation au public dès que possible. Quel a été le verdict du tribunal concernant la plainte du Front National ?Le tribunal a débouté le Front National de l’ensemble de ses demandes, considérant que les circonstances particulières du reportage ne constituaient pas une faute civile au sens de l’article 1382 du Code civil. Le tribunal a jugé que les procédés utilisés par le journaliste étaient justifiés par l’objet même du reportage, qui visait à révéler l’état d’esprit des militants au-delà du discours officiel du parti. Ainsi, le Front National n’a pas réussi à prouver que le reportage portait atteinte à ses droits. |
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