Conseil d’Etat, 29 octobre 2021, N° 424065
Conseil d’Etat, 29 octobre 2021, N° 424065

Type de juridiction : Conseil d’Etat

Juridiction : Conseil d’Etat

Résumé

La société RMC Découverte a contesté la décision de L’ARCOM qui a refusé de qualifier plusieurs de ses programmes de « documentaires ». L’ARCOM a justifié son refus en soulignant que ces programmes, bien qu’invitant à suivre des personnes dans leurs passions, utilisaient des procédés narratifs propres au divertissement et ne contribuaient pas à enrichir les connaissances des téléspectateurs. En se basant sur des critères tels que l’apport de connaissances et l’absence de mises en scène artificielles, L’ARCOM a appliqué correctement la convention stipulant que 75 % du temps de diffusion doit être consacré à des documentaires.

La société RMC Découverte n’a pas obtenu du Conseil d’Etat qu’il réintègre dans son obligation de diffusion plusieurs documentaires « disqualifiés » par l’ARCOM (« Vintage mecanic », « Alaska : De l’or sous la mer » …).  La convention de la chaîne stipule que « les documentaires représentent annuellement au moins 75 % du temps total de diffusion et portent sur une grande variété de sujets ».

En se fondant, pour refuser à ces programmes la qualification de « documentaires », sur la circonstance qu’ils utilisent des procédés narratifs et de mise en image caractéristiques du divertissement, qu’ils ne procèdent pas d’une intention d’enrichir les connaissances du téléspectateur, faute d’apporter, de manière substantielle et continue, des données informatives sur leurs sujets et qu’ils mettent en scène la réalité de manière artificielle, en recherchant la dramatisation, les effets de surprise et l’exacerbation des émotions, l’ARCOM a fait une exacte application du droit.

Pour déterminer si les différents programmes litigieux pouvaient être qualifiés de « documentaires », l’ARCOM s’est aussi livré à une appréciation prenant en compte l’existence d’un point de vue d’auteur, la présence d’un apport de connaissances pour le spectateur, la présentation de faits ou de situations qui préexistent à la réalisation de l’émission, l’absence – sans interdire toute reconstitution –  de mises en scène artificielles et, le cas échéant, l’obtention du soutien du CNC au titre des œuvres documentaires.

Les programmes litigieux, soit invitent à suivre une ou plusieurs personnes dans l’exercice de leur profession ou de leur passion tels que l’orpaillage, la réparation de véhicules de collection, la réalisation de cabanes ou de piscines ou l’extermination d’animaux nuisibles, soit s’attachent à des protagonistes en situation d’aventure, de voyage ou de survie.

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RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Conseil d’État

5ème chambre

29 octobre 2021

N° 424065, Inédit au recueil Lebon

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

1° Sous le numéro 424065, par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 11 septembre 2018, 11 décembre 2018 et 24 juillet 2019 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société RMC Découverte demande au Conseil d’Etat :

1°) d’annuler la décision du 11 juillet 2018 par laquelle l’ARCOM (ARCOM) a refusé de qualifier de documentaires les programmes « Billy l’exterminateur : le B… », « Cabanes perchées », « Vintage mecanic », « Alaska : De l’or sous la mer », « Aquamen », « Americars », « Lagoon master », « Traqueur de bolides », « Boat masters », « Ultime garage », « Casse-cash », « B… à l’instinct primaire », « Bamazon », « Mecanic brothers », « La fièvre du ginseng » et « The grand tour » ;

2°) de mettre à la charge de l’ARCOM le versement d’une somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

2° Sous le numéro 433701, par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 août 2019, 18 novembre 2019 et 29 juillet 2020 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société RMC Découverte demande au Conseil d’Etat :

1°) d’annuler la décision du 17 juin 2019 par laquelle l’ARCOM a refusé de qualifier de documentaires les programmes « Americars, pièces détachées », « Avions à la casse », « Voitures à la casse », « 60 jours en prison », « Flipping bangers, voitures à tout prix », « Pawnshop : une histoire de famille », « B… à l’instinct primaire », « Classic car rescue », « Chat sauvage avec Rich », « Tueurs nés avec Tom », « Maraudeur avec Marty », « Sang sur la neige avec Rich », « Pris sur le fait avec Tom », « Piège fatal avec Eustache » et « Intrus mortel avec Tom » ;

2°) de mettre à la charge du ARCOM le versement d’une somme de 6 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

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3° Sous le numéro 442205, par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 27 juillet 2020 et 8 janvier 2021 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société RMC Découverte demande au Conseil d’Etat :

1°) d’annuler la décision du 20 mai 2020 par laquelle l’ARCOM a refusé de qualifier de documentaires les programmes : « Last stop garage », « B… à la civilisation », « Cabane fever », « Off road garage », « Troc en stock » et « Les Brown, génération Alaska » ;

2°) de mettre à la charge du ARCOM le versement d’une somme de 6 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

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Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

 – le code des relations entre le public et l’administration ;

 – la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 ;

 – le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

— le rapport de M. Alain Seban, conseiller d’Etat,

— les conclusions de Mme Cécile Barrois de Sarigny, rapporteure publique.

La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Piwnica-Molinié, avocat de la société RMC Découverte.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes de la société RMC Découverte visées ci-dessus présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

2. Aux termes de l’article 28 de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication : « La délivrance des autorisations d’usage de la ressource radioélectrique pour chaque nouveau service diffusé par voie hertzienne terrestre autre que ceux exploités par les sociétés nationales de programme est subordonnée à la conclusion d’une convention passée entre l’ARCOM au nom de l’Etat et la personne qui en demande l’autorisation. / Dans le respect de l’honnêteté et du pluralisme de l’information et des programmes et des règles générales fixées en application de la présente loi (…), cette convention fixe les règles générales applicables au service compte tenu (…) du respect de l’égalité de traitement entre les différents services et des conditions de concurrence propres à chacun d’eux (…). / La convention porte notamment sur un ou plusieurs des points suivants : 1° La durée et les caractéristiques générales du programme propre (…) ».

3. Il ressort des pièces du dossier que la société RMC Découverte, éditrice du service de télévision du même nom, a conclu le 3 juillet 2012 avec l’ARCOM (ARCOM), sur le fondement de l’article 28 de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, une convention dont l’article 3-1-1 stipule que « les documentaires représentent annuellement au moins 75 % du temps total de diffusion et portent sur une grande variété de sujets ». Par plusieurs décisions des 11 juillet 2018, 17 juin 2019 et 20 mai 2020, l’ARCOM a refusé de qualifier respectivement seize, quinze et six programmes de « documentaires » au sens de ces dispositions. Par ses requêtes, la société RMC Découverte demande au Conseil d’Etat d’annuler ces trente-sept décisions de refus de qualification.

Sur la nature des actes attaqués :

4. Les décisions, telles que celles visées par les présentes requêtes, par lesquelles l’ARCOM refuse de classer un programme au sein d’un certain genre d’œuvres audiovisuelles, qui fondent notamment l’appréciation du respect des quotas de diffusion prévus par les conventions signées avec les éditeurs de service, ont, contrairement à ce que soutient l’ARCOM, le caractère d’actes faisant grief, susceptibles de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir devant le juge administratif.

Sur la légalité des actes attaqués :

5. En premier lieu, ces décisions n’entrant dans aucune des catégories de décisions devant être motivées en application de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration ou en application d’un autre texte ou principe, la société RMC Découverte ne saurait utilement soutenir qu’elles sont, faute d’être suffisamment motivées, entachées d’illégalité.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour déterminer si les différents programmes litigieux pouvaient être qualifiés de « documentaires » au sens de l’article 3-1-1 de la convention du 3 juillet 2012 cité au point 3, l’ARCOM s’est livré, pour chacun d’entre eux, à une appréciation prenant en compte l’existence d’un point de vue d’auteur, la présence d’un apport de connaissances pour le spectateur, la présentation de faits ou de situations qui préexistent à la réalisation de l’émission, l’absence – sans interdire toute reconstitution –  de mises en scène artificielles et, le cas échéant, l’obtention du soutien du Centre national du cinéma et de l’image animée au titre des œuvres documentaires. En se fondant sur l’ensemble de ces critères, dans le cadre d’une appréciation globale de chaque programme soumis à son examen, l’ARCOM n’a pas commis d’erreur de droit.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que les programmes litigieux, soit invitent à suivre une ou plusieurs personnes dans l’exercice de leur profession ou de leur passion tels que l’orpaillage, la réparation de véhicules de collection, la réalisation de cabanes ou de piscines ou l’extermination d’animaux nuisibles, soit s’attachent à des protagonistes en situation d’aventure, de voyage ou de survie. En se fondant, pour refuser à ces programmes la qualification de « documentaires », sur la circonstance qu’ils utilisent des procédés narratifs et de mise en image caractéristiques du divertissement, qu’ils ne procèdent pas d’une intention d’enrichir les connaissances du téléspectateur, faute d’apporter, de manière substantielle et continue, des données informatives sur leurs sujets et qu’ils mettent en scène la réalité de manière artificielle, en recherchant la dramatisation, les effets de surprise et l’exacerbation des émotions, l’ARCOM a fait une exacte application de l’article 3-1-1 de la convention du 3 juillet 2012 citée ci-dessus.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de prescrire une enquête sur le fondement de l’article R. 623-1 du code de justice administrative, la société RMC Découverte n’est pas fondée à demander l’annulation des décisions qu’elle attaque. Ses requêtes doivent par suite être rejetées, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

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Article 1er : Les requêtes de la société RMC Découverte sont rejetées.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société RMC Découverte et au ARCOM.

Copie en sera adressée à la ministre de la culture.

Délibéré à l’issue de la séance du 23 septembre 2021 où siégeaient : M. Denis Piveteau, président de chambre, présidant ; M. Olivier Yeznikian, conseiller d’Etat et M. Alain Seban, conseiller d’Etat-rapporteur.

Rendu le 29 octobre 2021.

Le président :

Signé : M. Denis Piveteau

Le rapporteur :

Signé : M. Alain Seban

La secrétaire :

Signé : Mme C… A…

Questions / Réponses juridiques

Quelle décision a été prise par le Conseil d’État concernant RMC Découverte ?

Le Conseil d’État a rejeté les requêtes de la société RMC Découverte, qui demandait l’annulation des décisions de l’ARCOM refusant de qualifier plusieurs programmes de « documentaires ».

Ces décisions avaient été prises en raison de l’absence de critères documentaires dans les programmes, qui étaient jugés trop orientés vers le divertissement.

l’ARCOM a appliqué correctement les critères définis dans la convention signée avec RMC Découverte, stipulant que les documentaires doivent représenter au moins 75 % du temps de diffusion.

Quels critères l’ARCOM a-t-il utilisés pour qualifier un programme de documentaire ?

l’ARCOM a utilisé plusieurs critères pour déterminer si les programmes pouvaient être qualifiés de « documentaires ».

Ces critères incluent l’existence d’un point de vue d’auteur, la présence d’un apport de connaissances pour le spectateur, et la présentation de faits ou de situations qui préexistent à la réalisation de l’émission.

De plus, l’ARCOM a pris en compte l’absence de mises en scène artificielles, bien qu’il ne prohibe pas totalement les reconstitutions.

Quels types de programmes ont été refusés par l’ARCOM ?

Les programmes refusés par l’ARCOM incluent des émissions qui suivent des personnes dans des activités comme l’orpaillage, la réparation de véhicules de collection, ou l’extermination d’animaux nuisibles.

D’autres programmes se concentraient sur des protagonistes en situation d’aventure, de voyage ou de survie.

Ces émissions ont été jugées comme utilisant des procédés narratifs et de mise en image caractéristiques du divertissement, plutôt que d’enrichir les connaissances du téléspectateur.

Quelles étaient les conséquences de la décision de l’ARCOM pour RMC Découverte ?

La décision de l’ARCOM a eu pour conséquence que RMC Découverte n’a pas pu remplir son obligation de diffusion de documentaires, ce qui pourrait affecter sa conformité avec la convention signée.

En effet, la convention stipule que les documentaires doivent représenter au moins 75 % du temps total de diffusion.

Le rejet des requêtes signifie également que RMC Découverte ne recevra pas les compensations financières demandées au ARCOM, ce qui pourrait avoir des implications financières pour la chaîne.

Comment le Conseil d’État a-t-il justifié son rejet des requêtes de RMC Découverte ?

Le Conseil d’État a justifié son rejet en affirmant que l’ARCOM avait correctement appliqué les critères de qualification des documentaires.

Il a noté que les décisions de l’ARCOM étaient fondées sur une appréciation globale des programmes, prenant en compte leur intention d’informer et leur mise en scène.

Le Conseil d’État a également souligné que les décisions de l’ARCOM avaient un caractère d’actes faisant grief, ce qui les rendait susceptibles de recours, mais que dans ce cas, les décisions étaient légales et bien motivées.

 


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