Conseil d’Etat, 11 février 2021, N° 106981
Conseil d’Etat, 11 février 2021, N° 106981
Type de juridiction : Conseil d’Etat Juridiction : Conseil d’Etat

Résumé

L’administration fiscale a examiné la situation d’un humoriste, concluant qu’il exerçait une activité d’artiste de manière occulte. Elle a alors évalué d’office ses bénéfices non commerciaux et imposé des rappels de TVA, assortis d’une majoration de 80 % pour activité occulte. Cependant, la reconstitution des revenus a été contestée, car aucune preuve ne renversait la présomption selon laquelle les sommes perçues pour ses prestations devaient être considérées comme des salaires. La cour a donc commis une erreur de droit en confirmant l’imposition des revenus tirés des spectacles et de la vente de supports, entraînant l’annulation des cotisations supplémentaires.

Sur le terrain fiscal, les revenus des artistes de One Man Show y compris ceux générés par la vente de DVD et de vidéos sont présumés être des salaires. Il appartient à l’administration fiscale de renverser cette présomption.  

Contrôle fiscal d’un humoriste

Un humoriste a fait l’objet d’un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, à l’issue duquel l’administration fiscale a retenu qu’il exerçait de manière occulte une profession d’artiste humoriste en France. Par suite, elle a évalué d’office, sur le fondement du 2° de l’article L. 73 du livre des procédures fiscales, les bénéfices non commerciaux tirés de cette activité, qui ont fait l’objet d’une taxation d’office sur le fondement du 3° de l’article L. 66 du même livre.

L’administration fiscale a également notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée à raison de la taxe non déclarée sur les recettes tirées de son activité d’artiste. Ces redressements ont enfin été assortis de la majoration de 80 % pour activité occulte prévue par le c de l’article 1728 du code général des impôts.

BNC ou Salaires?

Aux termes de l’article 79 du code général des impôts : « Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l’impôt sur le revenu ». Le 1 de l’article 92 du même code dispose que : « Sont considérés comme provenant de l’exercice d’une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n’ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. »

Redressement fiscal annulé

L’administration fiscale a reconstitué les revenus tirés des recettes des spectacles de l’humoriste et les a imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux en application de l’article 92 du code général des impôts, alors qu’aucune pièce du dossier ne permettait de renverser la présomption, résultant des articles L. 7121-2, L. 7121-3 et L. 7121-4 du code du travail, selon laquelle les sommes reçues à raison de ses prestations devaient être regardées comme un salaire d’artiste du spectacle et imposées dans la catégorie des traitements et salaires.

Il appartenait à la juridiction de relever d’office ce moyen, qui ressortait des pièces du dossier. En s’abstenant de le faire, la cour a entaché son arrêt d’erreur de droit. Par voie de conséquence, elle a également commis une erreur de droit en confirmant le bien-fondé de l’imposition des produits de la vente de CD, DVD et vidéos, qu’elle a regardés comme des recettes accessoires aux revenus tirés des recettes de spectacle et imposables, comme telles, dans la même catégorie.

L’humoriste était donc fondé à demander l’annulation de sa condamnation en tant qu’elle portait sur les cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales résultant de l’assujettissement des recettes tirées des spectacles et de la vente de CD, DVD et vidéos et les pénalités correspondantes.

Questions / Réponses juridiques

Quels sont les revenus des artistes de One Man Show considérés par l’administration fiscale ?

Les revenus des artistes de One Man Show, y compris ceux générés par la vente de DVD et de vidéos, sont présumés être des salaires. Cette présomption signifie que, par défaut, ces revenus sont traités comme des traitements et salaires, ce qui a des implications fiscales importantes. L’administration fiscale a la responsabilité de renverser cette présomption si elle estime que les revenus doivent être classés différemment. Cela implique qu’elle doit fournir des preuves ou des arguments solides pour justifier un traitement fiscal alternatif. Cette approche vise à garantir que les artistes soient correctement imposés en fonction de la nature de leurs revenus, tout en protégeant les droits des contribuables face à des évaluations fiscales potentiellement injustes.

Quelles sont les conséquences d’un contrôle fiscal sur un humoriste ?

Lorsqu’un humoriste fait l’objet d’un contrôle fiscal, l’administration peut conclure qu’il exerce une activité d’artiste de manière occulte. Cela peut entraîner une évaluation d’office de ses bénéfices non commerciaux, ce qui signifie que l’administration fiscale peut imposer des taxes sans que l’artiste ait fourni de déclarations précises. Dans le cas d’un humoriste, l’administration a également la possibilité de notifier des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour les recettes non déclarées. Ces redressements peuvent être accompagnés de majorations significatives, comme une majoration de 80 % pour activité occulte, ce qui peut avoir un impact financier considérable sur l’artiste. Ces mesures visent à dissuader les pratiques fiscales non conformes et à garantir que tous les revenus soient correctement déclarés et imposés.

Comment les revenus des artistes sont-ils classés selon le code général des impôts ?

Selon l’article 79 du code général des impôts, les traitements, indemnités, salaires et autres revenus similaires contribuent à la formation du revenu global servant de base à l’impôt sur le revenu. Cela signifie que les revenus des artistes, y compris ceux des spectacles, sont généralement considérés comme des salaires. L’article 92 précise que les bénéfices des professions non commerciales, y compris ceux des artistes, sont classés comme des bénéfices non commerciaux. Cela crée une distinction importante entre les revenus d’un artiste et ceux d’un commerçant, influençant ainsi la manière dont ces revenus sont imposés. Cette classification est déterminante pour déterminer les obligations fiscales des artistes et les protections qui leur sont accordées en tant que travailleurs non commerciaux.

Quelles erreurs ont été commises par l’administration fiscale dans le cas d’un humoriste ?

Dans le cas d’un humoriste, l’administration fiscale a reconstitué ses revenus en les classant comme des bénéfices non commerciaux, sans renverser la présomption selon laquelle ces revenus devraient être considérés comme des salaires d’artiste. Cette présomption est soutenue par des articles du code du travail qui stipulent que les sommes reçues pour des prestations artistiques doivent être traitées comme des salaires. La juridiction aurait dû relever d’office cette présomption, mais en ne le faisant pas, elle a commis une erreur de droit. Cela a conduit à une imposition incorrecte des revenus tirés des spectacles et des ventes de CD, DVD et vidéos, qui ont été considérés à tort comme des recettes accessoires. En conséquence, l’humoriste a eu le droit de demander l’annulation de sa condamnation, car les cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales étaient basées sur une évaluation erronée de ses revenus.
 

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