Responsabilité de l’employeur et présomption d’accident du travail : enjeux d’expertise médicale et de prise en charge.

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Responsabilité de l’employeur et présomption d’accident du travail : enjeux d’expertise médicale et de prise en charge.

L’Essentiel : Le 27 avril 2021, Madame [O] [C], employée de la société [5], a subi un accident de travail en contrôlant un métrage sur stock, entraînant une douleur au genou droit. L’accident a été déclaré le 29 avril, et la Caisse Primaire d’Assurance Maladie a confirmé sa prise en charge. Malgré cela, la société a contesté la durée des arrêts de travail, saisissant le Tribunal judiciaire de Paris. Une expertise médicale a validé le lien entre l’accident et les arrêts. Le 21 novembre 2024, le Tribunal a homologué la prise en charge des arrêts, condamnant la société aux frais d’expertise.

Contexte de l’Affaire

La société [5] est spécialisée dans la fabrication de meubles de bureau et de magasin. Le 27 avril 2021, une de ses employées, Madame [O] [C], a subi un accident de travail alors qu’elle contrôlait un métrage sur stock. En se redressant après s’être accroupie, elle a ressenti une douleur au genou droit.

Déclaration et Prise en Charge de l’Accident

L’accident a été déclaré par l’employeur le 29 avril 2021, sans réserves. La Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Saône-et-Loire a confirmé la prise en charge de l’accident au titre de la législation professionnelle par un courrier daté du 12 mai 2021. Suite à cet accident, Madame [C] a bénéficié d’arrêts de travail prolongés jusqu’au 3 octobre 2021.

Contestation de la Société

La société [5] a contesté la durée des arrêts de travail de sa salariée et a saisi la Commission Médicale de Recours Amiable le 24 janvier 2022. En l’absence de réponse, elle a introduit une contestation devant le Tribunal judiciaire de Paris le 7 juillet 2022.

Procédure Judiciaire et Expertise

Le Tribunal a ordonné une expertise médicale, qui a été réalisée par le Docteur [V] [J]. Ce dernier a déposé son rapport le 7 juin 2024, confirmant que les soins et arrêts de travail étaient directement liés à l’accident du 27 avril 2021. La CPAM a demandé l’homologation de ce rapport lors de l’audience du 25 juin 2024.

Décision du Tribunal

Le Tribunal a statué le 21 novembre 2024, homologuant la prise en charge des arrêts de travail par la CPAM jusqu’au 3 octobre 2021. La société [5] a été condamnée à supporter les frais d’expertise et aux dépens de l’instance. La décision a été rendue publique et est exécutoire.

Q/R juridiques soulevées :

Quelle est la présomption d’accident du travail selon l’article L411-1 du Code de la Sécurité sociale ?

L’article L411-1 du Code de la Sécurité sociale stipule que :

« Tout accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail est présumé être un accident du travail, sauf preuve du contraire. »

Cette disposition établit une présomption simple en faveur de la reconnaissance de l’accident comme étant un accident du travail.

Ainsi, toute lésion survenant dans le cadre du travail doit être considérée comme un accident du travail, sauf si l’employeur peut apporter un commencement de preuve contraire.

Ce commencement de preuve peut inclure des éléments médicaux qui pourraient démontrer que la pathologie de l’accidenté n’est pas liée à son activité professionnelle.

Dans le cas présent, la société [5] a contesté la durée des arrêts de travail de Madame [C] en se basant sur cette présomption, mais l’expertise a confirmé que les soins et arrêts étaient bien imputables à l’accident du travail.

Quelles sont les conséquences de la décision du tribunal concernant la prise en charge des arrêts de travail ?

Le tribunal a décidé que :

« La prise en charge, au titre de la législation professionnelle, par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Saône-et-Loire, des arrêts de travail prescrits jusqu’au 3 octobre 2021 à Madame [O] [C] des suites de l’accident du travail survenu le 27 avril 2021 est opposable à la société S.A.S.U [5]. »

Cela signifie que la CPAM est en droit de prendre en charge les arrêts de travail de Madame [C] jusqu’à la date mentionnée, et que cette décision est contraignante pour la société [5].

En outre, le tribunal a également décidé de laisser les frais d’expertise à la charge définitive de la S.A.S.U [5], ce qui implique que la société devra assumer les coûts liés à l’expertise médicale.

Cette décision souligne la responsabilité de l’employeur en matière de prise en charge des accidents du travail et des arrêts qui en découlent.

Quels sont les droits de l’employeur en matière de contestation des arrêts de travail ?

L’employeur a le droit de contester la durée des arrêts de travail en vertu de l’article L411-1 du Code de la Sécurité sociale, qui permet de solliciter une expertise judiciaire.

Cet article précise que :

« Si l’employeur présente un commencement de preuve contraire, il peut solliciter la mise en œuvre d’une expertise judiciaire. »

Dans cette affaire, la société [5] a saisi la Commission Médicale de Recours Amiable pour contester la durée des arrêts de travail de sa salariée.

Cependant, l’expertise a confirmé que les arrêts étaient bien justifiés et directement liés à l’accident du travail.

Ainsi, même si l’employeur a la possibilité de contester, il doit être en mesure de fournir des éléments probants pour soutenir sa position.

Dans ce cas, la contestation n’a pas abouti, et la société a été condamnée à payer les frais d’expertise.

Quelles sont les implications de la décision du tribunal sur les frais d’expertise ?

La décision du tribunal stipule que :

« Les frais d’expertise seront laissés à la charge définitive de la S.A.S.U [5], qui succombe en son recours. »

Cela signifie que la société [5] est responsable des coûts liés à l’expertise médicale, ce qui est une conséquence courante lorsque la partie qui conteste perd son recours.

Cette disposition est conforme aux principes généraux du droit, selon lesquels la partie perdante dans un litige est généralement tenue de supporter les frais de justice, y compris les frais d’expertise.

Ainsi, la société [5] devra assumer ces frais, ce qui peut avoir un impact financier significatif sur l’entreprise, surtout si d’autres recours sont envisagés à l’avenir.

Cette décision rappelle également l’importance pour les employeurs de bien évaluer les risques avant de contester des décisions relatives aux accidents du travail.

TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE PARIS [1]

[1] 2 Expéditions exécutoires délivrées aux parties en LRAR le :
1 Expédition délivrée à l’avocat en LS le :

PS ctx protection soc 1

N° RG 22/01874 – N° Portalis 352J-W-B7G-CXOYM

N° MINUTE : 5

Requête du :

07 Juillet 2022

JUGEMENT
rendu le 21 Novembre 2024
DEMANDERESSE

S.A.S.U. [5]
[Adresse 2]
[Localité 4]

Représentée par Maître Michaël RUIMY, avocat au barreau de LYON, substitué par Maître Maïthé BURNEL, avocat au barreau de LYON, avocat plaidant

DÉFENDERESSE

C.P.A.M. DE SAONE-ET-LOIRE
[Adresse 1]
[Localité 3]

Non représentée

COMPOSITION DU TRIBUNAL

Monsieur AMAND, Juge
Madame DELARUE, Assesseur
Madame TAILLOIS, Assesseur

assistés de Monsieur CONSTANT, greffier lors des débats et de Madame DECLAUDE, Greffière lors de la mise à disposition

Décision du 21 Novembre 2024
PS ctx protection soc 1
N° RG 22/01874 – N° Portalis 352J-W-B7G-CXOYM

DEBATS

A l’audience du 25 juin 2024 tenue en audience publique avis a été donné aux parties que le jugement serait rendu par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024, prorogé au 21 Novembre 2024.

JUGEMENT

Par mise à disposition
Contradictoire
en premier ressort

FAITS, PROCEDURE ET PRETENTION DES PARTIES
La société [5] exploite une entreprise spécialisée dans le secteur d’activité de la fabrication de meubles de bureau et de magasin.
Le 27 avril 2021, Madame [O] [C], employée en qualité de coordinatrice transport par la société [5], a été victime d’un accident sur le lieu de son travail habituel.
La déclaration d’accident du travail, remplie par l’employeur le 29 avril 2021 et exempte de réserves, indique :
« Activité de la victime lors de l’accident : contrôler un métrage
Nature de l’accident : Lors d’un contrôle de métrage sur stock, Mme [C] s’est accroupie et en se redressant son genou droit a craqué et elle a ressenti une douleur
Siège des lésions : genou droit
Nature des lésions : douleur  »
La Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Saône-et-Loire (ci-après désignée la CPAM ou la Caisse) a adressé un courrier en date du 12 mai 2021 notifiant à la société [5] la prise en charge de l’accident au titre de la législation professionnelle.
Madame [C] a, consécutivement à son accident du travail en date du 27 avril 2021, bénéficié de prolongations d’arrêt de travail jusqu’au 3 octobre 2021.
Contestant la durée des arrêts de travail dont a bénéficié sa salariée des suites de l’accident du 27 avril 2021, la société [5] a saisi le 24 janvier 2022 la Commission Médicale de Recours Amiable de la région Bourgogne Franche-Comté.
Par lettre recommandée adressée le 7 juillet 2022 au secrétariat-greffe, en l’absence de réponse de la Commission Médicale de Recours Amiable (CMRA), la société [5] représentée par son conseil a saisi le Pôle Social du Tribunal judiciaire de Paris d’une contestation de la décision implicite de rejet de cette instance.
Les dernières conclusions ainsi que les pièces des deux parties ont été enregistrées au greffe le 9 octobre 2023 puis le 11 octobre 2023.
La CPAM de Saône-et-Loire a sollicité une dispense de comparution en prévision de l’audience du 17 octobre 2023, en raison de son éloignement géographique.
L’affaire a été retenue à l’audience du 17 octobre 2023, lors de laquelle la société requérante a soutenu oralement les moyens et prétentions de ses dernières conclusions écrites.
Par jugement avant-dire droit du 14 décembre 2023, le Tribunal judiciaire de Paris a ordonné la mise en œuvre d’une expertise médicale sur pièces confiée au Docteur [V] [J].
Le 7 juin 2024, le Docteur [V] [J] a déposé son rapport aux termes duquel les soins et arrêts de travail directement imputables à l’accident du travail du 27 avril 2021 ont duré jusqu’au 3 octobre 2021.
Par courrier en date du 18 juin 2024, la CPAM a demandé une dispense de comparution ainsi qu’une homologation du rapport d’expertise. L’affaire a été retenue à l’audience du 25 juin 2024, lors de laquelle la société requérante a soutenu oralement les moyens et prétentions de ses dernières conclusions écrites après expertise déposées le jour des débats de l’audience.
Pour un plus ample exposé des prétentions et moyens des parties, il convient de se référer à leurs pièces et conclusions, régulièrement adressées au secrétariat-greffe, conformément à l’article 455 du Code de procédure civile, ainsi qu’à la note de l’audience du 25 juin 2024.
L’affaire a été initialement mise en délibéré au 26 septembre 2024, puis prorogée pour être rendue par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
MOTIFS DE LA DECISION
Vu l’article L411-1 du Code de la Sécurité sociale ;
Il résulte de cette disposition légale que toute lésion qui se produit dans un accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail doit être considérée, sauf preuve du contraire, comme résultant d’un accident du travail.
Cependant, cette présomption étant simple, l’employeur qui présente un commencement de preuve contraire, notamment un élément médical concernant la pathologie de l’accidenté de nature à exclure, en tout ou partie, le rôle causal du travail dans l’accident initial ou dans les arrêts de travail et les soins consécutifs à cet accident, peut solliciter la mise en œuvre d’une expertise judiciaire.
Or il résulte en l’espèce de l’expertise diligentée que les soins et les arrêts de travail prescrits à Madame [O] [C], directement imputables à l’accident du travail subi par cette dernière le 27 avril 2021, ont perduré jusqu’au 3 octobre 2021, à savoir jusqu’au dernier jour d’arrêt de travail de la salariée selon les pièces qui ont été versées aux débats.
Les deux parties, qui s’en remettent aux conclusions de l’expertise, sont parvenues à un accord qui apparaît conforme aux règles applicables et qu’il y a donc lieu d’homologuer.
En conséquence, il sera dit que la prise en charge, au titre de la législation professionnelle, par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Saône-et-Loire des arrêts de travail prescrits jusqu’au 3 octobre 2021 à Madame [O] [C] des suites de l’accident du travail survenu le 27 avril 2021 est opposable à la société S.A.S.U [5].
Les frais d’expertise seront laissés à la charge définitive de la S.A.S.U [5], qui succombe en son recours.
La S.A.S.U [5], qui succombe en son recours, sera condamnée aux dépens.
PAR CES MOTIFS
Le tribunal, après en avoir délibéré conformément à la loi,
statuant publiquement, par jugement contradictoire, en premier ressort et mis à disposition au greffe :

DIT que la prise en charge, au titre de la législation professionnelle, par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Saône-et-Loire, des arrêts de travail prescrits jusqu’au 3 octobre 2021 à Madame [O] [C] des suites de l’accident du travail survenu le 27 avril 2021 est opposable à la société S.A.S.U [5] ;LAISSE les frais de l’expertise à la charge définitive de la S.A.S.U [5] ;CONDAMNE la S.A.S.U [5] aux entiers dépens de l’instance.

Fait et jugé à Paris le 21 Novembre 2024

Le Greffier Le Président

N° RG 22/01874 – N° Portalis 352J-W-B7G-CXOYM

EXPÉDITION exécutoire dans l’affaire :

Demandeur : S.A.S.U. [5]

Défendeur : C.P.A.M. DE SAONE-ET-LOIRE

EN CONSÉQUENCE, LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE mande et ordonne :

A tous les huissiers de justice, sur ce requis, de mettre ladite décision à exécution,
Aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux judiciaire d`y tenir la main,
A tous commandants et officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu`ils en seront légalement requis.

En foi de quoi la présente a été signée et délivrée par nous, Directeur de greffe soussigné au greffe du Tribunal judiciaire de Paris.

P/Le Directeur de Greffe

5ème page et dernière


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