Reprise de l’ancienneté des artistes-interprètes : le risque d’inégalité

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Reprise de l’ancienneté des artistes-interprètes : le risque d’inégalité

Lorsque vous négociez un accord d’entreprise pour mettre en place des règles de reprise d’ancienneté pour les artistes (musiciens) nouvellement embauchés, attention à la clause de reprise d’ancienneté. Cette dernière en créant deux régimes peut constituer une discrimination / inégalité sanctionnable par les juridictions.

Reconnaissance de l’ancienneté

En l’occurrence, un accord d’entreprise de l’employeur (Opéra) a établi une liste des orchestres et artistes de choeurs dont la durée d’appartenance pouvait donner lieu à une reconnaissance de l’ancienneté au sein de la société.

Les modalités de reprise de l’ancienneté, à compter de la date de signature de l’accord étaient les suivantes : i) Pour un musicien chanteur [engagé postérieurement au 26 février 2009], l’ancienneté était reprise intégralement à condition que le poste jusqu’alors tenu soit un poste de titulaire; ii) Pour les musiciens présents au sein de la société à la date de signature du protocole, l’application des règles définies «était rétroactive au 1er janvier 2008 ».

Inégalité de traitement non justifiée

La société a fait valoir que, comme d’autres orchestres, tels ceux de Paris, Lille, Lyon et Toulouse ou comme d’autres formations, elle se heurtait à une difficulté de recrutement rendant nécessaire d’adopter une stipulation collective pour améliorer l’attractivité et avoir la même que ces autres structures, ce dont les partenaires sociaux avaient pleinement conscience. Toutefois, aucune preuve du recrutement des artistes suite à cette mesure n’était avancée.

L’article 6, paragraphe 1 de la directive n° 2000/78/CE du 27 novembre 2000, portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail, autorise des différences de traitements en raison de l’âge, et donc de l’ancienneté, dès qu’elles sont « objectivement et raisonnablement justifiées, dans le cadre du droit national, par un objectif légitime, notamment de politique de l’emploi, du marché du travail et de la formation professionnelle et que les moyens de réaliser cet objectif sont appropriés et nécessaires ».

La preuve du caractère nécessaire et approprié aux difficultés de recrutement alléguées justifiant le dispositif de reprise d’ancienneté n’était pas rapportée. En conséquence, l’inégalité résultant pour une artiste interprète recrutée avant l’accord du 26 février 2009, du dispositif créé par cet accord, était illicite. La salariée était en droit de prétendre au même avantage que ceux qui, recrutés après ces accords, ont bénéficié d’une reprise de leur ancienneté.

Appréciation de l’égalité salariale

Pour rappel, il appartient toujours au juge de vérifier la réalité de la difficulté de recrutement alléguée à l’appui de l’inégalité de traitement mise en oeuvre entre des salariés de même catégorie professionnelle ainsi que le caractère nécessaire et approprié de celle-ci au regard de l’objectif poursuivi.

L’employeur est tenu d’assurer une égalité de traitement entre les salariés exerçant des fonctions identiques et, s’il peut accorder des avantages particuliers à certains d’entre eux, c’est à la condition qu’il démontre que ces avantages reposent sur des raisons objectives qu’il lui appartient de démontrer.

En application de l’article 1315 du code civil devenu l’article 1353, s’il appartient au salarié qui invoque une atteinte au principe d’égalité de traitement de soumettre au juge les éléments de fait susceptibles de caractériser une inégalité de traitement, il incombe à l’employeur de rapporter la preuve d’éléments objectifs, pertinents et matériellement vérifiables justifiant cette différence. Télécharger la décision

Questions / Réponses juridiques

Quelles sont les conséquences d’un manquement de l’employeur envers un pigiste ?

Lorsqu’un employeur ne respecte pas ses obligations légales ou conventionnelles envers un pigiste, ce dernier peut demander la résiliation judiciaire de son contrat de travail.

Cette résiliation doit être justifiée par des manquements d’une gravité suffisante. En effet, si la résiliation est accordée, elle produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Cela signifie que le pigiste a droit à une indemnité compensatrice de préavis, qui, selon l’article 46 de la convention collective des journalistes, est fixée à deux mois de salaire, indépendamment de l’existence d’un projet de reclassement.

Qu’est-ce qu’un protocole transactionnel avec un pigiste ?

Un protocole transactionnel est un accord signé entre un pigiste et son employeur, souvent en réponse à des modifications des conditions de travail.

Dans le cas mentionné, un protocole a été établi suite à une baisse d’activité de l’éditeur. Cet accord stipulait que le pigiste recevrait un volume de travail calculé annuellement, avec un salaire mensuel moyen de 3200 euros brut.

De plus, l’éditeur a convenu d’allouer une indemnité transactionnelle de 13’000 euros nets pour compenser les dommages causés par cette modification. Ce protocole était donc plus qu’une simple note d’intention, car il engageait le pigiste à renoncer à toute action légale contre l’éditeur.

Quelles obligations a l’employeur envers un pigiste régulier ?

Un pigiste ayant le statut de collaborateur régulier a droit à certaines protections, notamment l’obligation de l’employeur de lui fournir du travail.

Cependant, il est important de noter que cela ne garantit pas un volume de travail constant. L’employeur doit fournir des missions, mais il n’est pas tenu de garantir un nombre fixe de piges.

Cette flexibilité peut parfois mener à des situations où le pigiste se retrouve avec une charge de travail réduite, ce qui peut affecter ses revenus et sa sécurité financière.

Comment la résiliation judiciaire affecte-t-elle le pigiste ?

La résiliation judiciaire du contrat de travail aux torts de l’employeur a des conséquences significatives pour le pigiste.

En plus de l’indemnité compensatrice de préavis, qui est de deux mois de salaire, la résiliation judiciaire est considérée comme un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Cela peut également ouvrir la voie à d’autres recours juridiques pour le pigiste, notamment en matière de dommages et intérêts, si les manquements de l’employeur sont jugés suffisamment graves.

Ainsi, la protection des droits des pigistes est essentielle pour garantir un environnement de travail équitable.


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