L’Essentiel : Le tribunal judiciaire de Lille a statué en faveur de Madame [P] [M] [W] et Monsieur [C] [W], leur accordant 800 euros d’indemnisation pour l’annulation de leur vol AH 1079 par la société Air Algérie. Les requérants avaient prouvé l’annulation sans que la compagnie ne justifie d’une information préalable ou de circonstances extraordinaires. Toutefois, leur demande de dommages-intérêts pour résistance abusive a été rejetée, faute de preuves. La société a également été condamnée à couvrir les dépens et à verser 500 euros pour les frais de justice. La décision est exécutoire à titre provisoire.
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Contexte de la demandePar requête enregistrée le 2 octobre 2023, Madame [P] [M] [W] et Monsieur [C] [W] ont saisi le tribunal judiciaire de Lille pour demander des indemnités à la société Air Algérie, en vertu du règlement CE n° 261/2004. Ils réclament 800 euros pour l’annulation de leur vol, 300 euros pour résistance abusive, 500 euros pour frais de justice, ainsi que la prise en charge des dépens et l’exécution provisoire du jugement. Annulation du volLes requérants affirment que leur vol AH 1079 du 3 avril 2023, reliant [Localité 4] à [Localité 5], a été annulé alors qu’ils avaient une réservation confirmée. Ils estiment avoir droit à une indemnisation forfaitaire de 400 euros chacun, conformément à l’article 7 du règlement. Ils soutiennent que la société Air Algérie a omis de respecter son obligation d’indemnisation malgré leurs demandes antérieures. Absence de la société Air Algérie à l’audienceLa société Air Algérie n’était pas représentée lors de l’audience du 1er octobre 2024, ce qui a conduit à un jugement réputé contradictoire. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour rendre sa décision le 26 novembre 2024. Analyse des demandes d’indemnisationLe tribunal a examiné la demande principale en se basant sur les articles du règlement CE n° 261/2004. Il a constaté que les requérants avaient fourni des preuves de l’annulation du vol, sans que la compagnie aérienne ne prouve avoir informé les passagers dans les délais requis ou qu’il existait des circonstances extraordinaires. En conséquence, les requérants ont été jugés en droit de recevoir 400 euros chacun, soit un total de 800 euros. Résistance abusive et dommages-intérêtsConcernant la demande de dommages-intérêts pour résistance abusive, le tribunal a noté qu’il n’y avait pas de preuve d’un abus de droit de la part de la société Air Algérie. Le simple fait de ne pas verser l’indemnité ne constitue pas une résistance abusive, et les requérants n’ont pas démontré de préjudice. Ils ont donc été déboutés de cette demande. Dépens et frais irrépétiblesLe tribunal a décidé que les dépens de l’instance seraient à la charge de la société Air Algérie, considérée comme partie perdante. De plus, la société a été condamnée à verser 500 euros aux requérants pour couvrir les frais irrépétibles, conformément à l’article 700 du code de procédure civile. Exécution provisoireEnfin, le tribunal a statué que la décision serait exécutoire à titre provisoire, sans qu’il soit nécessaire d’ordonner cette exécution, conformément à l’article 514 du code de procédure civile. Conclusion du jugementLe tribunal a condamné la société Air Algérie à verser 800 euros aux requérants, a débouté leur demande de dommages-intérêts, a ordonné le paiement des dépens, et a fixé à 500 euros le montant des frais de justice à verser. La décision a été prononcée le 26 novembre 2024. |
Q/R juridiques soulevées :
Quelle est la portée de l’article 7 du Règlement CE n° 261/2004 concernant l’indemnisation des passagers en cas d’annulation de vol ?L’article 7 du Règlement (CE) n° 261/2004 stipule que : « 1. Lorsqu’il est fait référence au présent article, les passagers reçoivent une indemnisation dont le montant est fixé à : b) 400 euros pour tous les vols intracommunautaires de plus de 1 500 kilomètres et pour tous les autres vols de 1 500 à 3 500 kilomètres… » Cet article établit un droit d’indemnisation pour les passagers en cas d’annulation de vol, sauf si le transporteur aérien prouve qu’il a informé les passagers de l’annulation dans les délais prévus par l’article 5, ou qu’il existe des circonstances extraordinaires. Dans le cas présent, les requérants ont démontré que leur vol AH 1079 a été annulé sans que la société Air Algérie ne prouve avoir informé les passagers dans les délais requis. Ainsi, les passagers ont droit à une indemnisation forfaitaire de 400 euros chacun, soit un total de 800 euros, conformément à l’article 7 du règlement. Quelles sont les conditions d’application de l’article 32-1 du code de procédure civile concernant la résistance abusive ?L’article 32-1 du code de procédure civile énonce que : « Celui qui agit en justice de manière dilatoire ou abusive peut être condamné à une amende civile d’un maximum de 10 000 euros, sans préjudice des dommages-intérêts qui seraient réclamés. » Pour qu’une résistance soit qualifiée d’abusive, il faut prouver que la partie a agi avec malice ou mauvaise foi, dans le but de nuire à l’autre partie. Dans cette affaire, les requérants ont demandé des dommages-intérêts pour résistance abusive, mais le tribunal a constaté qu’ils n’avaient pas apporté la preuve d’un abus de droit. Le simple fait de ne pas verser l’indemnité ne constitue pas en soi une résistance abusive, d’autant plus que les requérants n’ont pas justifié d’un préjudice. Par conséquent, la demande de dommages-intérêts sur ce fondement a été rejetée. Comment l’article 700 du code de procédure civile s’applique-t-il dans cette affaire ?L’article 700 du code de procédure civile stipule que : « Le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer : 1° A l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens… » Dans cette affaire, la société Air Algérie, en tant que partie perdante, a été condamnée à verser 500 euros aux requérants au titre de l’article 700. Cette somme est destinée à couvrir les frais exposés par les requérants pour mener à bien leur action en justice, qui ne sont pas inclus dans les dépens. Le tribunal a donc appliqué cet article pour garantir que les frais engagés par les requérants soient remboursés par la partie qui a perdu le litige. Quelles sont les implications de l’article 514 du code de procédure civile sur l’exécution des décisions de justice ?L’article 514 du code de procédure civile prévoit que : « Les décisions de première instance sont, de droit, exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. » Dans le cas présent, le tribunal a statué que la décision était exécutoire de droit, ce qui signifie qu’elle peut être mise en œuvre immédiatement, sans attendre l’éventuel appel. Cela permet aux requérants de recevoir rapidement l’indemnisation qui leur est due, sans que la société Air Algérie puisse retarder l’exécution de la décision. Le tribunal a donc jugé qu’il n’était pas nécessaire d’ordonner l’exécution provisoire, car la décision était déjà exécutoire de plein droit. |
de LILLE
[Localité 4]
☎ :[XXXXXXXX01]
N° RG 23/09180 – N° Portalis DBZS-W-B7H-XTKB
N° de Minute : 24/00320
JUGEMENT
DU : 26 Novembre 2024
[C] [W]
[P] [M] [W]
C/
Société AIR ALGERIE
REPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
JUGEMENT DU 26 Novembre 2024
DANS LE LITIGE ENTRE :
DEMANDEURS
Monsieur [C] [W], demeurant [Adresse 3]
Madame [P] [M] [W] , demeurant [Adresse 3]
représentés par Maître Elodie RIFFAUT, avocat au barreau de PARIS
ET :
DÉFENDEUR
Société AIR ALGERIE, dont le siège social est sis [Adresse 2]
non comparante
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS À L’AUDIENCE PUBLIQUE DU 01 Octobre 2024
Julie THOREZ, Juge, assistée de Chelbia HADDAD, Greffier
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DU DÉLIBÉRÉ
Par mise à disposition au Greffe le 26 Novembre 2024, date indiquée à l’issue des débats par Julie THOREZ, Juge, assistée de Chelbia HADDAD, Greffier
RG n°9180/23 – Page KB
Par requête enregistrée le 2 octobre 2023 au greffe de la 10ème chambre du tribunal judiciaire de Lille, Madame [P] [M] [W] et Monsieur [C] [W] demandent, aux visas des dispositions du règlement CE n° 261/2004 du 11 février 2004, des articles 32-1 et 700 du code de procédure civile et 1240 du code civil, de :
condamner la société Air Algérie à leur verser la somme de 800 euros sur le fondement de l’article 7 du Règlement n°261/2004 du 11 février 2004,condamner la société Air Algérie à leur verser la somme de 150 euros chacun soit la somme totale de 300 euros à titre de dommages et intérêts du fait de sa résistance abusive en application des articles 32-1 du code de procédure civile et 1240 du code civil,condamner la société Air Algérie à leur verser la somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,condamner la société Air Algérie aux entiers dépens,ordonner l’exécution provisoire du jugement.
Lors de l’audience du 1er octobre 2024, le conseil de Madame [P] [M] [W] et Monsieur [C] [W] a demandé au tribunal de faire droit aux prétentions contenues dans leur requête.
Ils font valoir que le vol AH 1079 du 3 avril 2023 reliant [Localité 4] à [Localité 5] soit 1687 kilomètres, pour lequel ils bénéficiaient d’une réservation confirmée, a été annulé relevant de l’indemnisation forfaitaire à hauteur de 400 euros chacun.
Ils exposent que la société Air Algérie a volontairement manqué à son obligation d’indemnisation et ce malgré les demandes préalables à l’introduction de l’instance.
La société Air Algérie, à qui la lettre recommandée du greffe la convoquant à l’audience a été distribuée, n’était pas représentée à l’audience, de sorte que le jugement, qui est rendu en dernier ressort, sera réputé contradictoire en application de l’article 473 alinéa 2 du code de procédure civile.
L’affaire a été mise en délibéré au 26 novembre 2024.
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, lorsque » le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée. »
Sur la demande principale
L’article 3 du règlement (CE) n° 261/2004 prévoit que :
» 1. Le présent règlement s’applique :
aux passagers au départ d’un aéroport situé sur le territoire d’un État membre soumis aux dispositions du traité;aux passagers au départ d’un aéroport situé dans un pays tiers et à destination d’un aéroport situé sur le territoire d’un État membre soumis aux dispositions du traité, à moins que ces passagers ne bénéficient de prestations ou d’une indemnisation et d’une assistance dans ce pays tiers, si le transporteur aérien effectif qui réalise le vol est un transporteur communautaire.
2. Le paragraphe 1 s’applique à condition que les passagers :
a) disposent d’une réservation confirmée pour le vol concerné et se présentent, sauf en cas d’annulation visée à l’article 5, à l’enregistrement :
— comme spécifié et à l’heure indiquée à l’avance et par écrit (y compris par voie électronique) par le transporteur aérien, l’organisateur de voyages ou un agent de voyages autorisé, ou, en l’absence d’indication d’heure,
— au plus tard quarante-cinq minutes avant l’heure de départ publiée, ou
b) aient été transférés par le transporteur aérien ou l’organisateur de voyages, du vol pour lequel ils possédaient une réservation vers un autre vol, quelle qu’en soit la raison. »
L’article 5 du règlement (CE n° 262/2004 prévoit encore :
» 1. En cas d’annulation d’un vol, les passagers concernés…
c) ont droit à une indemnisation du transporteur aérien effectif conformément à l’article 7, à moins qu’ils soient informés de l’annulation du vol:
i) au moins deux semaines avant l’heure de départ prévue, ou
ii) de deux semaines à sept jours avant l’heure de départ prévue si on leur offre un réacheminement leur permettant de partir au plus tôt deux heures avant l’heure de départ prévue et d’atteindre leur destination finale moins de quatre heures après l’heure d’arrivée prévue, ou
iii) moins de sept jours avant l’heure de départ prévue si on leur offre un réacheminement leur permettant de partir au plus tôt une heure avant l’heure de départ prévue et d’atteindre leur destination finale moins de deux heures après l’heure prévue d’arrivée »
L’article 6 du règlement (CE) n° 261/2004 énonce que :
» 1. Lorsqu’un transporteur aérien effectif prévoit raisonnablement qu’un vol sera retardé par rapport à l’heure de départ prévue..
b) de trois heures ou plus pour tous les vols intracommunautaires de plus de 1 500 km et pour tous les autres vols de 1 500 à 3 500 km … »
L’article 7 du règlement (CE) n° 261/2004 énonce enfin que :
» 1. Lorsqu’il est fait référence au présent article, les passagers reçoivent une indemnisation dont le montant est fixé à :
b) 400 euros pour tous les vols intracommunautaires de plus de 1 500 kilomètres et pour tous les autres vols de 1 500 à 3 500 kilomètres… »
L’article 5 du règlement 261/2004 prévoit en substance qu’en cas d’annulation d’un vol, les passagers concernés se voient offrir une indemnisation forfaitaire au titre de l’article 7. Il incombe au transporteur qui entend s’exonérer de l’indemnisation de prouver du moment où il a informé les passagers de l’annulation d’un vol et de l’existence circonstances extraordinaires.
En l’espèce, les requérants justifient de leur pièce d’identité respective, des deux billets électroniques pour le vol n° AH 1079 du 3 avril 2023 à 12h50 au départ de [Localité 4].
Ils produisent un courriel du service client OPODO du 3 avril 2023 à 11h55 informant de l’annulation du vol du 3 avril 2023 par Air Algérie.
Par suite, l’annulation du vol est démontrée sans que la compagnie aérienne ne justifie du moment de l’information ou de la réalité des circonstances extraordinaires, pour s’exonérer de l’indemnisation prévue à l’article 7 du même règlement susvisé.
Dès lors que la distance qui sépare [Localité 4] à [Localité 5] est supérieure à 1.500 km mais inférieure à 3 500 km, les requérants sont en droit d’obtenir la somme de 400 euros pour chaque passager.
Par conséquent la société Air Algérie sera condamnée à leur payer la somme totale de 800 euros au titre de l’indemnisation forfaitaire due en raison de l’annulation du vol.
Sur la résistance abusive
Aux termes de l’article 9 du code de procédure civile » il incombe à chacune des parties de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention. »
L’article 32-1 du code de procédure code de procédure civile énonce que » Celui qui agit en justice de manière dilatoire ou abusive peut être condamné à une amende civile d’un maximum de 10 000 euros, sans préjudice des dommages-intérêts qui seraient réclamés”
Les requérants sollicitent la condamnation de la société Air Algérie à leur payer une indemnité en raison du caractère abusif de la procédure.
Toutefois, l’exercice d’un droit tel que celui d’agir en justice ne dégénère en abus que si son titulaire en fait, à dessein de nuire, par malice ou mauvaise foi, un usage préjudiciable à autrui.
En l’espèce, la preuve d’un abus de droit n’étant pas rapportée, les requérants seront déboutés de leur demande en dommages et intérêts sur ce fondement.
L’article 1240 du code civil énonce que “Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.”
De plus, le simple fait de ne pas verser l’indemnité sollicitée ne peut être considéré comme une résistance abusive, d’autant que les requérants ne justifient d’aucun préjudice.
Ils seront déboutés de leur demande à ce titre.
Sur les dépens
En application de l’article 696 du code de procédure civile, il convient de mettre les dépens de l’instance à la charge de la société Air Algérie, partie perdante.
Sur les frais irrépétibles
En application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile, » le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer : 1° A l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens… »
En l’espèce, la société Air Algérie, tenue aux dépens, sera condamnée à payer à Madame [P] [M] [W] et Monsieur [C] [W] une somme de 500 euros sur ce fondement.
Sur l’exécution provisoire
L’article 514 du code de procédure civile prévoit que » Les décisions de première instance sont, de droit, exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. »
La décision étant assortie de droit de l’exécution provisoire, il n’y a pas lieu de l’ordonner.
Le tribunal, statuant en dernier ressort, après débats en audience publique, par jugement réputé contradictoire prononcé par mise à disposition au greffe,
Condamne la société Air Algérie à payer à Madame [P] [M] [W] et Monsieur [C] [W] la somme de 800 euros en application de l’article 7 du Règlement CE 261/2004,
Déboute Madame [P] [M] [W] et Monsieur [C] [W] de leur demande de dommages et intérêts,
Condamne la société Air Algérie au paiement des dépens,
Condamne la société Air Algérie à payer à Madame [P] [M] [W] et Monsieur [C] [W] la somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Dit n’y avoir lieu à ordonner l’exécution provisoire.
Ainsi jugé et prononcé le 26 novembre 2024.
Le greffier La présidente
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